Framboise 'Heritage'
Rubus idaeus L.

Le petit fruit fragile et parfumé par excellence. 'Heritage' est une variété remontante facile et généreuse, qui donne ses framboises de la fin de l'été jusqu'aux gelées.
La framboise est un fruit qui ne ressemble à aucun autre. Ce n'est pas une baie pleine, mais un assemblage de minuscules petites boules juteuses, les drupéoles, agglomérées autour d'un cœur creux. C'est d'ailleurs ce qui permet de savoir qu'elle est mûre : à maturité, elle se détache toute seule en laissant ce petit cœur blanc sur la plante. Si elle résiste, c'est qu'elle n'est pas prête.
Le framboisier appartient à la famille des rosacées, comme la fraise, et plus précisément au genre Rubus, celui des ronces. Originaire des sous-bois et des lisières des régions montagneuses d'Europe occidentale, c'est une touffe très drageonnante d'un à deux mètres de haut, aux tiges légèrement épineuses, cultivée dans les jardins depuis la Renaissance. Ses tiges, qu'on appelle des cannes, sont dressées et rigides, et son feuillage tombe en hiver.
'Heritage', elle, est une variété remontante, et c'est tout son intérêt. Un framboisier non remontant ne fructifie qu'une fois par an, en été, sur les tiges de l'année précédente. Une variété remontante comme celle-ci, au contraire, produit l'essentiel de sa récolte sur les pousses de l'année même, de la fin août à l'automne, ce qui change tout pour la culture et surtout pour la taille, on va y venir. C'est une variété rustique, vigoureuse et productive, qui donne des fruits fermes et bien parfumés.
Le framboisier ne se sème pas, il se plante. On part de plants achetés, qu'on installe idéalement en racines nues entre l'automne et la fin de l'hiver, pendant le repos végétatif. Une plantation en godet au printemps marche aussi très bien. Dans tous les cas, un bon arrosage à la plantation est indispensable, même si le sol est humide, pour faire le lien entre les racines et la terre du jardin.
Côté emplacement, il aime le soleil ou la mi-ombre, et un sol riche, frais et bien drainé, plutôt légèrement acide. Ses cannes étant hautes et un peu souples sous le poids des fruits, on les palisse sur des fils tendus entre deux piquets, ce qui les maintient droites, aérées et faciles à récolter.

Une petite patience est demandée la première année. Mieux vaut ne pas attendre une grosse récolte tout de suite, et même laisser la jeune touffe s'installer tranquillement plutôt que de la laisser s'épuiser à fructifier trop tôt. C'est l'année suivante que tout démarre vraiment.
Et puis il faut savoir une chose dès le départ : le framboisier drageonne beaucoup. Il émet des rejets souterrains qui ressortent un peu partout, parfois loin du rang. C'est pratique pour faire de nouveaux plants gratuitement, mais si on n'y prend pas garde, il part à la conquête du potager. On en reparle dans les soins, mais autant le prévoir à la plantation en lui réservant un coin bien à lui.
Le grand sujet du framboisier, celui qui inquiète tous les débutants, c'est la taille. Et bonne nouvelle, avec une variété remontante comme 'Heritage', c'est en réalité la simplicité même. Comme elle fructifie sur les pousses de l'année, on peut se contenter de la méthode la plus radicale et la plus facile : en fin d'hiver, on rabat la totalité de la touffe au ras du sol. Tout. Et au printemps, de nouvelles cannes repartent du pied pour donner la récolte d'automne suivante.

Cette taille à ras a un autre avantage : en supprimant toutes les vieilles cannes, on élimine du même coup beaucoup de maladies et de parasites qui s'y abritent. Sache simplement qu'en rabattant tout, on renonce à la petite récolte précoce de juin pour tout miser sur celle d'automne, plus généreuse. C'est le compromis que choisissent la plupart des jardiniers, et c'est de loin le plus reposant.
Le reste de l'entretien est léger. On arrose en été, surtout pendant la fructification, car la framboise a besoin d'eau pour bien se former. On paille au pied à l'automne avec des feuilles mortes et du compost, et on renouvelle cet apport au printemps. Côté parasites, le framboisier est plutôt tranquille, le principal ennui étant le ver de la framboise, ce petit asticot qu'on trouve parfois dans les fruits.
Vient enfin la gestion des fameux drageons. Pour garder une plantation nette et productive, on supprime les rejets qui sortent du rang, en les arrachant au fur et à mesure. Quelques-uns, bien placés, peuvent être conservés ou repiqués pour faire de nouveaux pieds. C'est ainsi qu'on renouvelle naturellement sa framboiseraie, qui s'épuise au bout de sept ou huit ans.

Pour la récolte, un seul mot d'ordre : la délicatesse. La framboise est extrêmement fragile, on la cueille à la main sans la serrer, idéalement le matin, et on la consomme vite car elle ne se garde pas. Heureusement, elle se congèle très bien, ce qui permet de se faire un crumble de framboises du jardin en plein hiver.